OSTERODE


PROJET DE FORMER DES BATAILLONS DU TRAIN DES ÉQUIPAGES.
AU GÉNÉRAL DEJEAN.
Osterode, 6 mars 1807.


Monsieur Dejean, mille selles et mille paires de bottes doivent être prêtes au 1er mars. Faites-les diriger par les caissons de la compagnie Breidt sur Magdeburg, où elles seront à ma disposition. Faites diriger de la même manière, et sur le même point, les mille selles et les mille paires de bottes qui seront prêtes au 30 mars. Faites également diriger sur Magdeburg, par les caissons de la compagnie Breidt, les effets de la Garde impériale. Il faut aussi laisser les corps envoyer l’habillement ainsi que le harnachement de la cavalerie, et mettez de l’ordre dans ces envois. Le meilleur moyen est de lever les brigades de la compagnie Breidt. Il faut donc en prévenir les corps et particulièrement ceux de cavalerie qui voudront envoyer leurs effets à Mayence. Le général Kellermann m’enverra l’état des objets et le numéro des brigades qui seront dirigés sur Madgdeburg. Je donnerai ensuite les ordres de direction sur Spandau, Küstrin, et ainsi de suite sur les régiments.
Rien n’est vicieux comme l’organisation des transports de la compagnie Breidt. Elle fait un mauvais service, mais elle en fait un. J’ai perdu une centaine de ces caissons, partie enlevés par les Cosaques, partie rompus dans les mauvais chemins. Ceux qui ont été pris par les Cosaques, au nombre de quinze ou vingt, ont été perdus par la faute des agents, qui restent huit ou dix jours dans un même endroit.
Je voudrais que vous commençassiez à organiser économiquement ces équipages. A cet effet, je voudrais former des bataillons de transport des équipages militaires. Chaque bataillon aurait un conseil d’administration, et serait commandé par un homme ayant rang de capitaine dans la ligne. Chaque compagnie pourrait être composée de trente-deux caissons attelés de quatre chevaux chacun et conduits par deux hommes. Il est absurde de mettre un homme pour quatre chevaux ; les hommes tombent malades et ne peuvent se remplacer, tandis que les chevaux se remplacent dans le pays. C’est aussi une mauvaise économie de ne mettre que trois chevaux par caisson. Ainsi il y aurait dans une compagnie 32 caissons, 128 chevaux de trait et 64 hommes. On y ajouterait une forge de campagne, une voiture de rechanges de harnais et d’approvisionnements de réparations pour les caissons. Chaque compagnie serait divisée en quatre escouades chacune de huit caissons et commandée par un maréchal des logis chef. Six compagnies pourraient former un bataillon, qui se trouverait ainsi composé de 192 voitures, 768 chevaux et 384 hommes. Chaque bataillon aurait un quartier-maître. Il y aurait une masse pour l’entretien des caissons, une de harnachement et une d’achat de chevaux. Les caissons et harnais seraient fournis.
Par ce moyen nous n’aurions plus d’intérêt à opposer à l’intérêt de l’armée, ce qui n’est pas à présent ; car, par exemple, lorsque j’ai intérêt à ce que les caissons arrivent vite, l’entrepreneur a un intérêt opposé. D’ailleurs, rien n’est absurde comme ces marchés où l’entrepreneur joue à la loterie et où il peut être ruiné sans qu'il y ait de sa faute, ou gagner un million sans raison. Causez de cela avec M. Lacuée.
Rédigez un projet pour la formation de dix bataillons, et faites-le discuter au Conseil d’État. Ensuite commencez par former un bataillon, et n’attendez pas ma signature. J’approuve d’avance le projet que le Conseil aura rédigé. Il serait utile qu’il y eût un chef de bataillon chargé du commandement du régiment, et un directeur général des transports des équipages militaires ayant rang de chef de brigade. Notre administration est dans une grande barbarie. Mais il ne faut pas toucher à la compagnie Breidt et avoir soin que ces nouveaux arrangements n’apportent aucun retard, et m’envoyer très-promptement tout ce qu’il y a de prêt des équipages de cette compagnie. Quoique mal organisée, elle m’a rendu de grands services. Je n’ai que 6 à 700 de ses caissons, et il m’en aurait fallu 3 000.
Je veux, par la nouvelle organisation, faire des transports des équipages militaires comme du train d’artillerie, qui m’a rendu de très-importants services. Sans la manière dont le train est organisé, je n’aurais pas pu tirer mon immense artillerie des mauvais chemins, et jamais une pièce n’est restée en route. Ces résultats dédommagent bien de la dépense que cette organisation occasionne en temps de paix ; nous n’avons fait qu’un pas en administration, c’est celui-là. Il faut donc organiser de même
le train des transports des équipages militaires. Ayez aussi soin d’ordonner que les caissons soient plus légers et plus solides, qu’ils soient construits avec un bois bien sec et avec une grande attention. On donnera au train des équipages un uniforme différent de celui du train d’artillerie. Ses charretiers doivent être appelés soldats des équipages ; ils sont exposés, quoique ce ne soit pas de la même manière que le train. Mais chacun l’est dans une armée, et ce n’est pas un modique salaire, c’est l’esprit du métier qui porte à faire son devoir malgré le danger. Sous ce rapport on avait fait les commissaires des guerres militaires, et cela devait être.
En résumé, continuez à m’envoyer les brigades de la compagnie Breidt, dont j’ai grand besoin pour apporter les objets qui viennent de France.
Organisez des bataillons du train des transports des équipages ; et, aussitôt qu’une compagnie sera formée, faites-la partir. Vous pouvez fort bien commander encore à Sampigny une centaine de voitures, et m’en envoyer tous les mois une compagnie de 32 voitures. Cela réparera mes pertes. Mais ayez soin qu’elles soient bien construites ; de mauvaises choses ou des vieilleries ne servent à rien.
NAPOLÉON.
Dépôt de la guerre.

Osterode, 18 mars 1807
Au maréchal Kellermann


Le ministre Dejean a donné des ordres pour diriger 1,500 hommes à pied de différents régiments de cavalerie sur l'armée. Cette mesure est mauvaise. Les fatigues de la saison ont mis beaucoup d'hommes à pied ; nous ne pouvons y suffire; il faut donc retenir en France tous les hommes de cavalerie à pied qui ne seraient pas montés ni harnachés. Comme la lettre du ministre est du 6, j'espère que cet ordre vous arrivera à temps. Si quelques-uns de ces détachements ont été jusqu'à Cassel, retenez-les là pour les monter et les équiper.

ORDRE
Les brigadiers et inspecteurs des équipages de la compagnie Breidt qui mettront, pour venir de Thorn à Osterode, plus de quatre jours, seront à leur arrivée mis en prison.
M. Thévenin, inspecteur général des équipages de la compagnie, fera faire toutes les réparations nécessaires aux caissons du quartier général. Les sous-traités faits par la compagnie sont cassés.
Les ordonnateurs des corps d'armée feront des marchés avec les brigadiers pour les réparations à faire aux caissons de la compagnie, et les leur payeront sur le même pied que les paye le trésor public.
Sa Majesté témoigne son mécontentement aux employés de cette compagnie pour la négligence qu'ils portent dans leur service, ne faisant que trois on quatre lieues par jour, au lieu de faire des journées d'étapes.
Les caissons pris par les Cosaques ne seront point payés s'il est prouvé que la coupable négligence des employés de cette administration en est la cause, et qu'ils se soient arrêtés en route, ou qu'ils aient fait des journées moindres que des journées d'étapes ; que ces caissons aient, par exemple, été pris à Willenberg au delà du sixième jour de leur départ de Varsovie. Et ce qui doit montrer combien les employés de cette compagnie sont coupables, c'est que plusieurs ont mis quatorze jours à faire le chemin qui devait se faire en six , et qu'ils ont fait manquer le service de l'armée.
Désormais tous ceux qui ne feront pas la journée d'étapes, sans raisons valables , seront sévèrement punis.

NAPOLEON

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