Monsieur Dejean, mille selles et mille paires de bottes doivent
être prêtes au 1er mars. Faites-les diriger par les
caissons de la compagnie Breidt sur Magdeburg, où elles
seront à ma disposition. Faites diriger de la même
manière, et sur le même point, les mille selles et
les mille paires de bottes qui seront prêtes au 30 mars.
Faites également diriger sur Magdeburg, par les caissons
de la compagnie Breidt, les effets de la Garde impériale.
Il faut aussi laisser les corps envoyer lhabillement ainsi
que le harnachement de la cavalerie, et mettez de lordre
dans ces envois. Le meilleur moyen est de lever les brigades de
la compagnie Breidt. Il faut donc en prévenir les corps
et particulièrement ceux de cavalerie qui voudront envoyer
leurs effets à Mayence. Le général Kellermann
menverra létat des objets et le numéro
des brigades qui seront dirigés sur Madgdeburg. Je donnerai
ensuite les ordres de direction sur Spandau, Küstrin, et
ainsi de suite sur les régiments.
Rien nest vicieux comme lorganisation des transports
de la compagnie Breidt. Elle fait un mauvais service, mais elle
en fait un. Jai perdu une centaine de ces caissons, partie
enlevés par les Cosaques, partie rompus dans les mauvais
chemins. Ceux qui ont été pris par les Cosaques,
au nombre de quinze ou vingt, ont été perdus par
la faute des agents, qui restent huit ou dix jours dans un même
endroit.
Je voudrais que vous commençassiez
à organiser économiquement ces équipages.
A cet effet, je voudrais former des bataillons de transport des
équipages militaires. Chaque
bataillon aurait un conseil dadministration, et serait commandé
par un homme ayant rang de capitaine dans la ligne. Chaque compagnie
pourrait être composée de trente-deux caissons attelés
de quatre chevaux chacun et conduits par deux hommes. Il est absurde
de mettre un homme pour quatre chevaux ; les hommes tombent malades
et ne peuvent se remplacer, tandis que les chevaux se remplacent
dans le pays. Cest aussi une mauvaise économie de
ne mettre que trois chevaux par caisson. Ainsi il y aurait dans
une compagnie 32 caissons, 128 chevaux de trait et 64 hommes.
On y ajouterait une forge de campagne, une voiture de rechanges
de harnais et dapprovisionnements de réparations
pour les caissons. Chaque compagnie serait divisée en quatre
escouades chacune de huit caissons et commandée par un
maréchal des logis chef. Six compagnies pourraient former
un bataillon, qui se trouverait ainsi composé de 192 voitures,
768 chevaux et 384 hommes. Chaque bataillon aurait un quartier-maître.
Il y aurait une masse pour lentretien des caissons, une
de harnachement et une dachat de chevaux. Les caissons et
harnais seraient fournis.
Par ce moyen nous naurions plus dintérêt
à opposer à lintérêt de larmée,
ce qui nest pas à présent ; car, par exemple,
lorsque jai intérêt à ce que les caissons
arrivent vite, lentrepreneur a un intérêt opposé.
Dailleurs, rien nest absurde comme ces marchés
où lentrepreneur joue à la loterie et où
il peut être ruiné sans qu'il y ait de sa faute,
ou gagner un million sans raison. Causez de cela avec M. Lacuée.
Rédigez un projet pour la
formation de dix bataillons, et faites-le discuter au Conseil
dÉtat. Ensuite commencez par former un bataillon,
et nattendez pas ma signature. Japprouve davance
le projet que le Conseil aura rédigé. Il serait utile quil y eût un chef
de bataillon chargé du commandement du régiment,
et un directeur général des transports des équipages
militaires ayant rang de chef de brigade. Notre administration
est dans une grande barbarie. Mais il ne faut pas toucher à
la compagnie Breidt et avoir soin que ces nouveaux arrangements
napportent aucun retard, et menvoyer très-promptement
tout ce quil y a de prêt des équipages de cette
compagnie. Quoique mal organisée, elle ma rendu de
grands services. Je nai que 6 à 700 de ses caissons,
et il men aurait fallu 3 000.
Je veux, par la nouvelle organisation, faire des transports des
équipages militaires comme du train dartillerie,
qui ma rendu de très-importants services. Sans la
manière dont le train est organisé, je naurais
pas pu tirer mon immense artillerie des mauvais chemins, et jamais
une pièce nest restée en route. Ces résultats
dédommagent bien de la dépense que cette organisation
occasionne en temps de paix ; nous navons fait quun
pas en administration, cest celui-là. Il faut donc
organiser de même le train
des transports des équipages militaires.
Ayez aussi soin dordonner que les caissons soient plus légers
et plus solides, quils soient construits avec un bois bien
sec et avec une grande attention. On donnera au train des équipages
un uniforme différent de celui du train dartillerie.
Ses charretiers doivent être appelés soldats des
équipages ; ils sont exposés, quoique ce ne soit
pas de la même manière que le train. Mais chacun
lest dans une armée, et ce nest pas un modique
salaire, cest lesprit du métier qui porte à
faire son devoir malgré le danger. Sous ce rapport on avait
fait les commissaires des guerres militaires, et cela devait être.
En résumé, continuez à menvoyer les
brigades de la compagnie Breidt, dont jai grand besoin pour
apporter les objets qui viennent de France. Organisez
des bataillons du train des transports des équipages ;
et, aussitôt quune compagnie sera formée, faites-la
partir. Vous pouvez fort bien commander
encore à Sampigny une centaine de voitures, et men
envoyer tous les mois une compagnie de 32 voitures. Cela réparera
mes pertes. Mais ayez soin quelles soient bien construites
; de mauvaises choses ou des vieilleries ne servent à rien.
NAPOLÉON.
Dépôt de la guerre.
Le ministre Dejean a donné des ordres pour diriger 1,500
hommes à pied de différents régiments de
cavalerie sur l'armée. Cette mesure est mauvaise. Les fatigues
de la saison ont mis beaucoup d'hommes à pied ; nous ne
pouvons y suffire; il faut donc retenir en France tous les hommes
de cavalerie à pied qui ne seraient pas montés ni
harnachés. Comme la lettre du ministre est du 6, j'espère
que cet ordre vous arrivera à temps. Si quelques-uns de
ces détachements ont été jusqu'à Cassel,
retenez-les là pour les monter et les équiper.
ORDRE
Les brigadiers et inspecteurs des équipages de la compagnie
Breidt qui mettront, pour venir de Thorn à Osterode, plus
de quatre jours, seront à leur arrivée mis en prison.
M. Thévenin, inspecteur général des équipages
de la compagnie, fera faire toutes les réparations nécessaires
aux caissons du quartier général. Les sous-traités
faits par la compagnie sont cassés.
Les ordonnateurs des corps d'armée feront des marchés
avec les brigadiers pour les réparations à faire
aux caissons de la compagnie, et les leur payeront sur le même
pied que les paye le trésor public.
Sa Majesté témoigne son mécontentement aux
employés de cette compagnie pour la négligence qu'ils
portent dans leur service, ne faisant que trois on quatre lieues
par jour, au lieu de faire des journées d'étapes.
Les caissons pris par les Cosaques ne seront point payés
s'il est prouvé que la coupable négligence des employés
de cette administration en est la cause, et qu'ils se soient arrêtés
en route, ou qu'ils aient fait des journées moindres que
des journées d'étapes ; que ces caissons aient,
par exemple, été pris à Willenberg au delà
du sixième jour de leur départ de Varsovie. Et ce
qui doit montrer combien les employés de cette compagnie
sont coupables, c'est que plusieurs ont mis quatorze jours à
faire le chemin qui devait se faire en six , et qu'ils ont fait
manquer le service de l'armée.
Désormais tous ceux qui ne feront pas la journée
d'étapes, sans raisons valables , seront sévèrement
punis.
NAPOLEON